jeudi 25 janvier 2018



Année 2017
Poursuite du projet "Terre"



Mars 2017  

Séjour à la ZAD de Notre Dame des Landes



Nous sommes allés, Bernard et moi, rencontrer différentes personnes qui se battent contre l'aéroport de Notre Dame des Landes et pour la sauvegarde des terres de la ZAD : des paysans historiques, des militants venus les rejoindre pour soutenir leur lutte et dont certains sont aujourd'hui installés comme paysans. Nous avons été hébergés par des occupants de la ZAD qui nous ont réservé un accueil chaleureux et se sont rendus disponibles pour nous orienter. 
Je suis admirative de ce qui se passe là-bas en terme d'expérimentation : autres modes de rapport à la terre et à la propriété, autres rapports humains : échanges non marchands, refus de toute hiérarchie, prise de décision collective,... 
Tout cela ne va pas sans heurts et entraîne des discussions interminables mais ça vit et ça innove!
J'en suis revenue boostée et pleine d'espoir en l'homme.
J'ai rapporté de là-bas 12 entretiens et autant d'empreintes de pied et sacs de terre récoltée dans les champs.
Je travaille actuellement sur ces entretiens et sur la forme que je vais donner à toute cette richesse cotoyée.


Aujourd'hui, une première victoire a été obtenue, l'aéroport de Notre Dame des Landes ne se fera pas. Il nous faut maintenant  obtenir que la ZAD de Notre Dame des Landes reste un lieu où l'on peut imaginer et expérimenter un autre "possible" pour les hommes.











Carte des lieux affichée dans le lieu d'accueil que vous rencontrez à votre arrivée à Notre Dame des Landes




Bâtons déposés lors de la grande manifestation de l'automne 2016  où plus de 40000 personnes sont venues manifester leur soutien au mouvement d'occupation





Lieu où les ZADistes se réunissent et où ils ont fêté cette première victoire




Vue de cette fameuse D281 dégagée aujourd'hui




Avril 2017
Exposition à l'atelier Chroma


du travail réalisé pour "Murets d'art" (voir articles précédents)  accompagné d'un montage sonore composé de paroles extraites des rencontres d'agriculteurs et de jardiniers.

www.atelierchroma.fr/






























Juin 2017

L'art et la matière


Au mois d'avril, j'ai sillonné la région de Chateauneuf de Galaure, pour poursuivre ce travail dans le cadre de « l'Art et la Matière ». 
Cette association organise, en juin, un circuit d'expositions de chapelle en chapelle dans la Drôme des collines. Elle propose aux artistes de créer une installation en lien avec la chapelle qu'ils ont choisie.
J'ai eu la chance de pouvoir investir le Prieuré de Charrière qui est un lieu magnifique.
J'ai rencontré quatorze personnes, ruraux ou urbains venus ou revenus s'installer là à la retraite, agriculteurs, jardiniers, artisans ou issus d'autres professions.
Ce qui les réunit, c'est d'être attachés à ce lieu et s'être engagés à le faire vivre. 
Je les ai écoutés parler de leur relation à Charrière et à la terre. 
J'ai pris des moulages de leur pied et j'ai réalisé des dessins à partir de l'univers sonore de leur environnement proche.  Je me suis installée dans leur jardin et je me suis mise à l'écoute des bruits qui m'entouraient. Ecouter la nature et traduire cette expérience intérieurs en dessin est un travail que je fais régulièrement dans la forêt : gardant les yeux clos, je laisse ma main courir sur la feuille de papier, décryptant les sons dans un chemin de crayon, chaque fois différent, selon la prégnance du chant des oiseaux, du vol des insectes ou du bruissement des feuilles dans le vent,...

Ce travail donna lieu à une installation dans le prieuré.
Olivier Brémont, vidéaste et scénographe m'a accompagnée dans ces rencontres. Il a réalisé une vidéo qui participait à l'installation.

 Vous pouvez en découvrir plus sur "L'art et la matière en Drôme des collines", l'association, l'édition 2017 et les éditions précédentes sur  http://lartetlamatiere.pagesperso-orange.fr/




























Un gros projet qui s'est étalé sur l'année  2017


Le dispositif Culture et Santé du Centre Psychothérapique de l'Ain, Culture NoMad , organise chaque année un programme cuturel ouvert à tous, artistes, patients, personnel de l'hôpital, personnes extérieures.

Dans ce cadre, j'ai été invitée à réaliser  deux œuvres participatives l'une pour le CPA (Centre Psychothérapique de l'Ain ) et l'autre pour l'ESAT (Etablissement et Service d'Aide par le Travail) -  Ferme Dienet à Saint Paul de Varax.



Oeuvre participative au CPA


Durant le premier semestre, nous avons animé, Bernard et moi, des ateliers au CPA auxquels ont participé un grand nombre de personnes: patients, personnel soignant, travailleurs de l'ESAT et personnes extérieures. Nous travaillions ensemble à la réalisation du projet. Ce furent des moments riches et détendus. Nous avons ensuite terminé seuls la mise en forme de l'oeuvre pour qu'elle puisse être inaugurée fin septembre. Je remercie Franceline Borel, coordinatrice du dispositif Culture NoMad,  qui nous a accompagnés dans tout ce processus de manière efficace, légère et joyeuse 
























"Au delà du soleil, au delà des éthers" 
vers extrait du poème "Elévation" de Ch. Beaudelaire. Les Fleurs du Mal (1857) .
Le séjour au CPA est décrit comme un passage de la vie, un passage d'un état à un autre.Cela m'a amenée à proposer un cheminement partant du sol et prolongé dans l'espace symbolisant le passage, l'élévation, la libération, l'espoir.
Pendus dans les arbres, trois "oeufs" évoquent l'âme des patients.

Matériaux : fer, clématite, ainsi que galets et torchis qui font écho aux constructions anciennes de la région.




Oeuvre participative à l'ESAT - Ferme Dienet

C'était la première fois que l'ESAT accueillait la création d'une oeuvre artistique. Tout le personnel encadrant s'est impliqué complétement,  du choix du projet à la réalisation de l'oeuvre et à son entretien.
Sur la même période qu'au CPA, nous devions mener des ateliers à l'ESAT. Finalement, des travailleurs ont été détachés pour nous aider à chaque fois que nous venions et notamment Pierre qui a réalisé toutes les structures métallique pour l'ESAT et le CPA . Merci à eux.
Aujourd'hui, travailleurs et encadrants se sont appropriés cette oeuvre et la feront vivre.
Il leur incombera maintenant la taille et l'entretien des plantes grimpantes.





















« S'élancer vers les champs lumineux et sereins»
vers extrait du poème « Élévation » de Ch. Baudelaire, Les fleurs du mal (1857) 
Travailler à la Ferme Dienet est vécu par ces personnes qui ont un parcours sanitaire difficile comme une nouvelle tranche de vie où l'on se réalise, où l'on se construit.
Pour imager cette perception, j'ai proposé une structure en forme de bourgeon qui s'ouvre, symbolisant la renaissance, la vie en devenir.
Plantes grimpantes et tissages d'osier en forment les sépales.
Elle accueille en son cœur un « œuf », en écho à ceux réalisés au CPA.
L’œuvre est vivante et nécessitera les soins réguliers des travailleurs de la ferme.

Matériaux utilisés : fer, plantes grimpantes, galets extraits des champs de la ferme et osiers produits sur place.




Et des projets pédagogiques


Ecole primaire de Saoû


En lien avec le "Muret d'art" de Saoû nous avons proposé aux enfants des deux classes de l'école de réaliser eux aussi une oeuvre sur le sentier dans le cadre d'une semaine Land art. J'ai emmené les enfants dans la nature, observer, écouter, senti, toucher, puis dessiner, peindre, faire de petites créations individuelles à partir de matériaux naturels et enfin nous avons entrepris ensemble une grande oeuvre éphémère qui chemine de part et d'autre du sentier "Muret d'art" sur une cinquantaine de mètres.

Matériaux : pommes de pin, pigments naturels, caséine. 



















Ecole primaire Saint Louis à Crest


Je suis intervenue auprès de 6 classes de l'établissement de la petite section au CE2 et nous avons réalisé deux fresques et recouvert des piliers sur le thème des animaux et de la végétation.. Les enfants ont pu manier, pelles, brouettes, bétonnière, gamates, truelles et taloches, monter sur des tables et des échelles et empoigner à pleines mains la terre pour l'étendre sur les murs. Ils se sont ensuite appliqué à dessiner en grand pour graver leur dessin sur les fresques et le peindre.

Matériaux : enduit terre paille, pigments naturels et caséine, produit de protection.






























Ecole maternelle d'Eurre 


Petite et moyenne section 

Inspirés par l'oeuvre "Paysage au grand galop " de Gerda Steiner et Jorg Lenzlinger, créée pour le  musée de Valence en 2013, les enfants ont réalisés un paysage imaginaire utilisant les petits objets qu'ils avaient apportés de chez eux ou récoltés dans la nature.

Matériaux : éléments récoltés dans la nature, objets de récupération , fil électrique.




















Moyenne et grande section

L'enseignant travaillant sur le corps humain et la perception qu'en ont les enfants m'a demandé de les accompagner dans la réalisation de petites sculptures de corps en mouvement. Après avoir visionné des travaux d'artistes, nous avons fait des séances photos de corps en pauses. Puis chaque enfant à partir de ces photos a fait une sculpture en papier mâché sur structure en fil de fer. 

Matériaux : fil de fer, papier, rondelle de bois














Nous avons ensuite travaillé à partir des œuvres de Keith Haring.
Les enfants se sont allongés au sol dans une pause en mouvement pendant que d'autres reportaient sur une feuille le contour de leurs silhouettes. Ces contours furent mis en couleurs , découpés et collés pour en faire une fresque sous le préau.

Matériaux : papier, gouache.








Ecole primaire de La Baume Cornillane


Pour le quatrième salon du livre de la Baume Cornillane sur le thème de la nature, j'ai réalisé avec la classe unique de l'école de la Baume,  un grand livre végétal.
Malheureusement,, il y avait un vent fou pour le salon et nous n'avons pas pu présenter ce travail comme nous l'avions imaginé au départ. Il devait tenir ouvert, au milieu de l'espace extérieur du salon mais par sécurité, il a fallu le fixer à un mur. Cela ne permettait pas d'apprécier pleinement le travail réalisé.

Matériaux : bambous et feuillages récoltés sur la commune















Ecole primaire de Divajeu


Je travaille régulièrement avec cette école et cette année j'ai été sollicitée pour faire un totem car l'école travaillait sur le thème de l'Afrique.
Après avoir fabriqué ce totem tous ensemble, chaque enfant s'est constitué un petit sac "porte bonheur", à la manière des grigris, teignant un carré de tissu dans lequel il a mis précieusement petits éléments naturels qu'il avait récolté dans la nature et autres trésors rapportés de chez lui. Les petits grigris ont été suspendus provisoirement sur le totem et les enfants ont dansé auprès du totem pour la fête de l'école. 








lundi 23 janvier 2017

Année  2016

Démarrage du projet "La terre me parle"


"La terre gardera mémoire de mes pas. Sauras-tu l'entendre ce chant?
La terre chante depuis le début des mondes, en mesure, en cadence. Son rythme me possède. je lui appartiens. En équilibre sur une robuste branche, je me balance, voluptueusement, à l'unisson de ces sonorités".
Extrait de "LUCY, la femme verticale" d'Andrée Chédid 

Au départ, une conviction personnelle :
Si aujourd'hui, l'homme, le monde vivant et la Terre dans son ensemble, subissent tant de maux, une des raisons de ces maux est que les hommes ont perdu le lien qui les unit à la terre, à la nature et au temps et ceux qui nous gouvernent.

Un certain nombre de questions me préoccupent :
Quel lien entretenons-nous avec la terre aujourd'hui ?
Avons-nous encore conscience du fait qu'elle nous nourrit ?
Que reste-t-il de notre attachement, du lien qui nous unit symboliquement à elle ?
Avons-nous encore des racines ? Que faisons-nous pour les entretenir ?
Comment ceux qui sont privés de leur terre, conservent leurs racines ?
Comment conserver son humanité en dehors d'un lien à la terre et d'une relation à la nature ?

Ce questionnement est en lien avec mon parcours car le rapport à la terre est pour moi primordial.
J'ai été agricultrice et j'ai travaillé la terre.
J'ai utilisé ce matériau dans la construction d'habitats. Depuis que je réalise des installations dans la nature, je travaille régulièrement avec la terre que je prélève sur les sites où j'interviens.
Etre en rapport avec la terre, marcher ou avoir les mains dans la terre, se sentir appartenir à une terre, adopter une terre comme la sienne, sont des actes et des sentiments structurants et réconfortants.

Au delà de mon expérience personnelle et de mes convictions, mon désir est d'aller écouter ce que d'autres ont à dire de leur rapport à la terre et de transmettre leur témoignage.
Écouter ceux qui ont un lien fort à la terre, mais aussi par la suite, ceux qui sont privés de leur terre, personnes déplacées, personnes expulsées, personnes exilées. Entendre leur parole me paraît nécessaire aujourd'hui.


Juin 2016

Première étape pour le sentier Murets d'art à Saoû



"Les gestes des muraillers affranchis du temps et de l'espace ont arrachés à la terre leur rugueuse histoire, humble, obstiné et admirable témoignage d'un acte vital! Dans le flanc du muret, les artistes poursuivent l'oeuvre paysagère." Marie Claude Bernard

"Murets d'art" est un chemin artistique, environnemental et international, né dans la tête de l'artiste Sandrine Reynaud. Il devrait relier le Pays de la forêt de Saoû dans la Drôme à la Sierra de Guara dans le nord de l'Espagne, en empruntant des chemins bordés de murs en pierre sèche.
Au mois de juin, une équipe de 18 personnes s'est mobilisée pour mettre en place le premier tronçon de ce sentier sur la commune de Saoû : plasticiens, artisans d'art et de l'image, formateurs d'une école de la pierre sèche et compositrice acousmatique, 

Participant à la mise en route de ce sentier, ce fut pour moi l'occasion de réaliser la première étape du projet "La terre me parle" .

Je suis allée à la rencontre de 17 personnes, hommes et femmes, paysans et jardiniers, pour la plupart installés dans la région de Saoû. Tandis que je faisais le moulage d'un de leurs pieds, je les ai enregistrés pendant qu'ils me parlaient de leurs rapports à la terre et à leur métier.
A partir de ces moulages, je réalisai des répliques de leurs pieds moulés, pour chacun, avec de la terre provenant de son champ ou de son jardin.
Les pieds furent installés de part et d'autre du sentier.



"La terre me parle". Terre brute, chaux, ciment. 19 pieds grandeur nature.


     














Automne 2016

Réalisation du montage sonore 


Au printemps, j'avais rencontré et interviewé 17 personnes : Bernard Pelordet, Céline Chaumier, Christine Riba, Emma Pomarel, Inès Gilles, Joél Chorier, Laurent Marseille, Ludovic Raillon, Magali Cohen, Marie Rivoire, Marjolaine Boske, Michel Breynat, Michel Vignat, Mickael Saux Picart, Stéphane Brun, Waness Melson, Yann Peneveyre. 
A partir de ces interviews, j'ai réalisé un montage sonore grâce à l'aide de Joris Dutour,  d'Olivier Brémond et de Léo Plastaga. Ils m'ont permis d'arriver au bout de cette entreprise, merci à eux.

Dans le contexte de fin d'année 2016,  pleine d'événements et de prises de positions inquiétantes pour l'avenir politique et environnemental de la planète et pour chacun d'entre nous, les paroles que j'ai récoltées m'ont fait l'effet d'un baume.

Que ces propos porteurs d'espoir puissent ouvrir des pistes pour une politique plus humaine et plus respectueuse! 


En savoir plus à propos de :
Joris Dutour :  www.chuuut.org
Olivier Brémond :  http://www.museerrante.com/
Léo Plastaga : http://leo.plastaga.pagesperso-orange.fr/ 



Août 2016

Deuxième étape pour Forest Art à Darmstadt en Allemagne 




C'est à l'occasion d'une résidence en Allemagne, partagée avec 18 artistes, que j'ai poursuivi ce travail. Rencontrant le problème de la langue, je n'ai pas pu mener des interviews comme je l'avais fait en France et j'ai adopté une autre forme pour ce projet.
 Accompagnée d'une interprète, je suis allée rencontrer 9 agriculteurs ou espaces de production collectifs et j'ai récolté sur leurs terrains quelques spécimens de différents végétaux (feuillages de légumes, de petits fruits, d'arbres fruitiers, fleurs) ainsi que de la terre. J'ai aussi demandé à chaque personne que j'ai rencontrée de prendre une empreinte de son pied.
Le résultat de ce travail fut une installation de 29 boules de différentes tailles autour desquelles sont incrustées des plantes. Avec le temps les végétaux disparaîtront et seules resteront les empreintes de ces végétaux. Ces boules sont accompagnées de l'empreinte des pieds des agriculteurs.
J'ai ainsi mis en lien l'homme, la terre qu'il travaille et le végétal qu'il fait pousser.



"Empreintes". Terre, chaux, ciment. 29 boules de diamètre de 15 cm à 40 cm. 9 empreintes de pied.




















En savoir plus sur Forest Art in Darmstaadt : https://iwz.waldkunst.com



Etapes suivantes :




Je présenterai une installation regroupant tous ces éléments lors d'une exposition à Saoû début 2017.
Suivra une nouvelle étape de ce projet dans le cadre de "L'art et la matière" dans la Drôme des collines.